Deux apicultrices dans l’Adamaoua au Cameroun pour un projet de développement financé par l’association

Les deux intervenantes :
Lucie Hotier, 29 ans, apicultrice, salariée au Centre Nationale de Recherches Scientifiques
Elisa Blanchard, 25 ans, apicultrice, chef d’exploitation apicole

Déroulement du séjour :
Arrivée le 8 mars à Yaoundé (capitale du Cameroun), atterrissage tard le soir. Nous avons donc pris une chambre d’hôtel dans la ville.

9 mars : premier contact avec Nana Saïdou, président du GIC (groupement d’intérêt économique) des apiculteurs de l’Adamaoua, redéfinition du projet, leur attentes, leurs objectifs. Dans l’après-midi départ en train direction Ngaoudal dans l’Adamaoua, région connue pour ses nombreux apiculteurs et pour son miel fameux vendu jusque dans les pays voisins du Cameroun, notamment au Nigéria.
Lundi 10 mars : arrivée à Ngaoundal, nouvel entretien avec Nana Saïdou et également d’autres apiculteurs, mise en place du planning du séjour : 3 jours de formation sur les abeilles et l’apiculture. Ensuite 3 jours de visites sur le terrain pour voir leurs ruches, assister aux récoltes, conseiller, apporter des améliorations.

Mardi 11 mars : premier jour de formation, rencontre avec une quinzaine d’apiculteurs de l’Adamaoua, présentation du projet des 250 ruches, état des lieux des avancées de celui-ci. Puis nous avons commencé la formation par la vie de la ruche. Ensuite, nous avons vu la relation homme/abeille, l’apiculture occidentale, l’apiculture au Cameroun, avantages et inconvénients des différentes pratiques. Nous avons beaucoup insisté sur le fait qu’ils ont encore la possibilité de faire une apiculture douce tout en produisant du miel, car leur environnement n’est pas pollué, leur abeille est endémique, et que tout ça il faut le préserver à tout prix. Pour illustré les pratiques de l’apiculture à outrance, nous leur avons montré un petit reportage sur les problèmes de pollinisation en Chine, où ils sont maintenant obligé de polliniser les arbres fruitiers à la main pour espérer une production de fruits. Nous leur avons expliqué qu’ils ont une chance incroyable de travailler dans de telles conditions (absence de Varroa) et pour préserver cela il ne fallait surtout pas importer des abeilles étrangères même sous prétexte de produire davantage car cela pouvait ramener des maladies, des parasites exotiques que leurs abeilles ne pourront pas combattre. Ils ont été très à l’écoute des ces problèmes.

Mercredi 12 mars : deuxième jour de formation, nous avons vu les cycles, la biologie et la physiologie de l’abeille. Les personnes étaient très intéressées et s’émerveillaient en découvrant toute les aptitudes des abeilles, notamment leur danse pour communiquer sur les sources de nourriture. Ensuite Lucie a fait une présentation sur le travail des chercheurs au sujet du cerveau de l’abeille et a expliqué que grâce à ces travaux là on sait par exemple que les abeilles ne voient pas le rouge, toutes ces découvertes nous permettent de mieux servir l’abeille.

Jeudi 13 mars : Tous ensembles nous avons construit un calendrier de travail qui décrit les différentes étapes au cours de l’année, miellées, cueillettes, essaimages. Ceci nous a permis de mieux comprendre leur apiculture et d’ouvrir le débat entre les apiculteurs. Nous avons discuté du travail fait sur le miel, la cire et quelles améliorations pourront être faites, quelles sont les normes européennes sur ces produits, qu’attendent les consommateurs, les prix. Nous avons parlé des vertus du miel, de la propolis et quels sont les procédés d’extraction qui ne les altèrent pas.
Les personnes présentes lors des 3 jours de formations étaient des représentants de leur propre GIC, en général un groupe d’apiculteurs d’un même village et sont chargés de faire à leur tour une restitution de la formation à leurs collègues apiculteurs.

Vendredi 14 mars : village de Massim, visite et récolte dans deux ruches kenyanes. Ils ont souscrit au projet national de développement de l’apiculture un emprunt d’argent pour l’achat de 50 ruches kenyanes.

Samedi 15 mars : village de Mafil, récolte de nuit d’une première ruche rectangulaire accrochée dans un arbre et d’une seconde ruche traditionnelle à une entrée, dans un arbre. L’apiculteur n’était pas protégé des abeilles et sous la pression des piqures a fait tomber la première ruche au sol les abeilles sont devenues alors très agressives et ont chassé tous les spectateurs. Il a été difficile de récolter le miel car les abeilles étaient, à cause de la chute, écrasées dans les rayons de miel. Des combinaisons semblent nécessaires en ce qui concerne ces apiculteurs. Nous avons donné au GIC des apiculteurs de l’Adamaoua une combinaison afin qu’ils puissent reproduire ce model et distribuer à tous les membres une combinaison fabriquée sur place.

Dimanche 16 mars : village de Ngatt, nous avons récolté de nuit une ruche traditionnelle à deux entrées qui était posée dans un arbre mais à hauteur d’homme, cette récolte a été époustouflante, sans combinaison et avec des gestes très précis et très doux cet apiculteur a pu récolter sa ruche avec un minimum de piqures.

Expérience et ressenti personnel :
Nous avons été agréablement surprises par la chaleur de l’accueil que ce soit de la part des apiculteurs ou de la part du maire, du sous-préfet, du commissaire, qui ont tout fait pour que notre séjour se déroule dans les meilleures conditions et sans encombre.
Nous avons été également très surprises lors de notre entretien avec Nana Saïdou, c’était la veille du début de formation, où il nous a appris que nous devions donner une enveloppe aux personnes voulant participer à la formation, que ici cela se faisait comme ça, les intervenants payaient les participants, il fallait respecter leurs habitudes… Nous lui avons expliqué que chez nous on faisait plutôt l’inverse mais comme on été chez eux et bien… on a dit d’accord, cependant nous avons trouvé un compromis : si nous donnions 1000 francs CFA à chaque participant, alors le total de l’enveloppe servirait à payer les repas du midi pour tous le monde et nous mangerions tous ensembles. Nous trouvions cela plus chaleureux que de donner des billets à chacun. Nous avons remarqué plus tard que nous devions quoi qu’il arrive donné de l’argent un peu partout, c’est comme cela que ça marche « le blanc donne l’argent ». Nous craignions que ce rapport à l’argent fausse un peu les relations que l’on avait avec eux mais finalement une fois habituées à cette impression de se faire toujours arnaquer, nous avons pu réellement tisser des liens avec quelques uns d’entre eux !

Nous gardons de ce voyage une vraie expérience de vie, rencontrer ces personnes qui ont des vies, des coutumes, des histoires tellement différentes des nôtres et de partager ce même amour de la nature et des abeilles nous a vraiment enrichi. Grâce à ce voyage, notre regard sur l’apiculture a changé, on se rend compte qu’il existe des milliers de formats de ruche différents et donc des milliers de façon de travailler avec les abeilles, et ça ce n’est pas ce que l’on apprend à l’école !

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